Votre visage, votre voix, vos données : et si vous pouviez enfin dire « non » ?
Imaginez qu’un inconnu utilise votre photo, imite votre voix ou se présente sous votre nom — sans jamais vous demander votre avis. C’est exactement ce que font certains systèmes d’intelligence artificielle, souvent sans que vous le sachiez. Mais une initiative portée par une grande star de cinéma pourrait bien changer la donne.
Cate Blanchett entre en scène — et pas pour jouer la vilaine
L’actrice australienne Cate Blanchett, connue pour ses rôles dans Le Seigneur des Anneaux ou Tár, vient de lancer quelque chose de bien plus concret qu’un film : le Human Consent Registry (que l’on pourrait traduire par « Registre du consentement humain »).
Le principe est simple : ce service gratuit vous permet de déclarer ce que vous autorisez — ou refusez — concernant l’utilisation de votre identité par des systèmes d’IA. Votre nom, votre image, votre voix, vos écrits… Tout cela vous appartient, et ce registre vous donne un moyen officiel de le faire savoir.
Il est actuellement accessible aux habitants des États-Unis et de l’Union européenne. Pour les résidents européens, bonne nouvelle : le cadre juridique du RGPD (le règlement européen sur la protection des données personnelles) offre déjà une solide base légale pour faire respecter ce type de choix.
Concrètement, vous remplissez un formulaire en ligne, vous indiquez vos préférences, et votre déclaration est enregistrée dans ce registre. L’idée est qu’à terme, les entreprises développant des IA consultent ce registre avant d’utiliser des données personnelles.
Zone technique — pour les curieux et les passionnés
🤓 Pour aller plus loin : le vrai défi, c’est le bras de fer qui commence
Pour les habitués des coulisses tech, ce registre rappelle immédiatement le système opt-out — celui où l’on est inclus par défaut et où l’on doit activement demander à être exclu. Une logique inverse au consentement explicite (l’opt-in), que défendent depuis des années les militants de la vie privée numérique.
Le problème ? Ce registre repose pour l’instant sur la bonne volonté des entreprises. Il n’a pas, en lui-même, de force contraignante. C’est un peu comme poser un panneau « Propriété privée » sur un terrain sans clôture : certains respecteront, d’autres enjamberont quand même.
On pense inévitablement aux débats autour du fichier robots.txt — cette vieille convention des années 90 qui permettait aux sites web d’indiquer aux moteurs de recherche ce qu’ils pouvaient crawler. Efficace quand tout le monde jouait le jeu. Beaucoup moins quand certains acteurs ont décidé d’ignorer les règles. Les grands modèles de langage comme GPT ou Gemini ont été entraînés sur des milliards de pages web, souvent sans que personne ne vérifie vraiment les permissions. Le Human Consent Registry, c’est le robots.txt du monde réel — avec tous ses espoirs et toutes ses limites.
La vraie puissance de cette initiative sera peut-être moins technique que symbolique et politique : forcer le débat, créer une pression publique, et ouvrir la voie à une législation plus contraignante.
Ce que vous pouvez faire, dès maintenant
Voici quelques gestes concrets, quel que soit votre niveau de familiarité avec le numérique :
1. Inscrivez-vous au Human Consent Registry sur humanconsentregistry.com — c’est gratuit, rapide, et disponible en anglais (quelques minutes suffisent avec un traducteur en ligne si besoin).
2. Vérifiez vos paramètres de confidentialité sur les réseaux sociaux (Facebook, Instagram, LinkedIn…). Qui peut voir vos photos ? Vos publications sont-elles publiques ?
3. Faites une recherche de votre propre nom sur Google Images : vous serez peut-être surpris de ce qui est déjà accessible publiquement.
4. Parlez-en autour de vous — à vos proches, à vos enfants ou petits-enfants. La sensibilisation collective est souvent le meilleur bouclier.
5. Restez informés : des lois comme le RGPD en Europe évoluent régulièrement. Quelques minutes d’actu tech par semaine peuvent faire une vraie différence.
Et vous, vous seriez prêts à dire « non » ?
La technologie avance vite — parfois trop vite pour que la loi suive. Des initiatives comme le Human Consent Registry montrent qu’il est possible de reprendre un peu de contrôle, même à titre individuel. Ce n’est peut-être qu’un premier pas, mais tous les grands changements ont commencé quelque part.
Et vous : pensez-vous que des registres de ce type peuvent vraiment changer les pratiques des géants de l’IA ? Ou faut-il attendre une loi pour que ça morde vraiment ? Dites-nous ce que vous en pensez en commentaires 👇
Source : Journal du Geek


