Doctolib et l’IA : ce mail que vous avez peut-être ignoré mérite deux minutes de votre temps
Avez-vous reçu, ces derniers jours, un e-mail de Doctolib au titre plutôt rassurant : « Doctolib s’engage dans la recherche pour améliorer la santé » ? Si oui, gardez-le sous le coude quelques instants : ce message institutionnel cache en réalité le lancement d’un vaste projet d’intelligence artificielle, qui utilisera par défaut vos données de santé, sauf si vous prenez la peine de vous y opposer.
Pas de panique, on va démêler ça ensemble, sans jargon inutile.
Un mail qui dit une chose… et en fait une autre
Sur le papier, rien d’alarmant. Doctolib a informé ses utilisateurs du lancement d’un laboratoire de recherche en IA clinique, qui utilisera les données démographiques et de santé des patients, y compris celles de leurs proches. Formulé ainsi, dans un mail au vocabulaire chaleureux et institutionnel, l’objectif semble même plutôt sympathique : mieux repérer certains risques de santé, fluidifier le suivi médical, aider les soignants au quotidien.
Le souci, c’est la façon dont l’information est présentée. Le mot « IA » n’apparaît jamais dans le titre. Le lien pour dire non se trouve tout en bas d’un paragraphe dense, après plusieurs lignes rassurantes sur la recherche scientifique. Résultat : beaucoup de personnes vont lire le mail en diagonale, se dire « ah oui, très bien, la recherche en santé, c’est important », et fermer le message sans avoir compris qu’elles venaient, sans le savoir, d’accepter que leurs données servent à entraîner une intelligence artificielle.
Ce procédé a un nom : le dark pattern (ou « design trompeur »). Il consiste à présenter une information réelle, mais de façon à décourager la lecture attentive et à pousser vers l’inaction, ici, ne rien faire équivaut à dire oui.
Ce que Doctolib va réellement faire de vos données
Ce mercredi 8 juillet 2026, Doctolib a envoyé à certains de ses utilisateurs un e-mail concernant l’utilisation de leurs données pour des projets de recherche et développement, sans demander de consentement explicite au préalable. Le projet, mené avec des partenaires académiques et hospitaliers (dont l’Inria, l’Inserm et l’université Paris Cité), doit démarrer en août 2026 et s’étaler sur trois ans, avec une conservation des données annoncée sur cinq ans.
Concrètement, ce sont les données démographiques et de santé enregistrées sur la plateforme, que ce soit vous qui les ayez renseignées ou votre médecin, qui pourront être exploitées. Et ça ne s’arrête pas à votre propre compte : les données de vos proches rattachés au même compte Doctolib sont concernées aussi, y compris celles de vos enfants.
Doctolib insiste sur le fait que ces données seront pseudonymisées, c’est-à-dire qu’elles ne permettront pas de vous identifier directement. C’est un point rassurant, mais qui mérite une nuance importante : la CNIL rappelle régulièrement que des données pseudonymisées restent, juridiquement, des données personnelles, et continuent donc d’être encadrées par le RGPD.
Zone technique — pour les curieux et les passionnés
🔧 Sous le capot : pourquoi Doctolib a le droit de faire ça sans vous demander votre accord ?
Cette approche est rendue possible par la méthodologie de référence MR-004 de la CNIL, qui encadre la recherche en santé et autorise, sous certaines conditions, une procédure par opposition (opt-out) plutôt que par consentement explicite (opt-in). En droit, on parle ici d’« intérêt légitime » : l’entreprise considère avoir un motif suffisant pour utiliser les données sans demander un « oui » explicite à chacun, à condition de laisser la possibilité de dire « non ».
C’est légal, mais c’est précisément ce mécanisme, couplé à une présentation peu transparente, qui fait grincer des dents. C’est aussi ce qui distingue ce cas d’une véritable fuite de données ou d’un piratage : ici, tout est déclaré, documenté, et juridiquement encadré. Le problème n’est pas la légalité, c’est la lisibilité.
Comment s’y opposer, en moins de deux minutes
Bonne nouvelle : la marche arrière est simple et rapide.
– Ouvrez le mail de Doctolib et cliquez sur le lien qu’il contient ;
– Faites défiler la page jusqu’à l’encadré « Vos données, votre décision » ;
– Cliquez sur « M’opposer à l’utilisation de mes données » ;
– Remplissez le court formulaire (nom, prénom, date de naissance), pas besoin de vous connecter à votre compte.
Si l’e-mail vous a échappé, pas d’inquiétude : le même formulaire reste accessible depuis les paramètres de confidentialité de votre compte Doctolib (rubrique vie privée). Et surtout : pensez à refaire la démarche pour chaque proche rattaché à votre compte, enfants compris, l’opposition ne se fait pas automatiquement pour toute la famille.
Doctolib précise que ce refus n’aura aucune incidence sur votre accès aux services ni sur votre parcours de soins. Un seul bémol relevé par plusieurs utilisateurs : aucun accusé de réception n’est envoyé après l’envoi du formulaire. Si vous voulez être totalement rassuré·e, vous pouvez aussi écrire directement à contact.data-privacy@doctolib.com pour demander confirmation.
Une question de confiance, plus que de technologie
Le débat ne porte pas vraiment sur l’intelligence artificielle en elle-même, utiliser des données de santé pour améliorer la recherche médicale, personne ne peut vraiment s’y opposer par principe. Ce qui interroge, c’est la manière dont ce choix vous a été présenté : de façon discrète, en pleine période estivale, avec un mécanisme qui vous inclut par défaut plutôt que de vous demander votre avis.
Et vous, qu’en pensez-vous ? Avez-vous reçu ce mail, et si oui, avez-vous pris le temps de vous opposer, pour vous, et pour vos proches ? Dites-le-moi en commentaire, ce genre de retour d’expérience aide toujours les autres lecteurs à y voir plus clair.
Sources
– Le dernier mail de Doctolib cache un projet d’IA : voici comment s’y opposer – Numerama
– Vidéo de réaction – Basti sans MS, YouTube
– Doctolib veut utiliser vos données de santé pour l’IA : voici comment vous y opposer – Génération-NT
– Doctolib veut utiliser vos données pour ses recherches en IA. Vous pouvez refuser – Next.ink


