Actualité : Linky, vos habitudes de vie désormais collectées sans votre accord préalable

Linky sait quand vous dormez, quand vous vous levez… et il peut désormais le dire

Imaginez qu’un inconnu puisse déduire vos habitudes quotidiennes simplement en observant votre consommation électrique — à quelle heure vous vous levez, quand vous regardez la télé, si vous êtes souvent absent. Ce scénario n’est plus de la fiction : un décret publié fin février 2026 change les règles du jeu pour les 40 millions de compteurs Linky installés en France.


Ce que Linky sait vraiment de vous (et ce qui vient de changer)

Le compteur Linky, ce petit boîtier vert installé dans la quasi-totalité des foyers français, ne se contente pas de mesurer votre consommation globale d’électricité. Il enregistre ce qu’on appelle la courbe de charge : votre consommation heure par heure, parfois toutes les demi-heures. C’est un peu comme si, au lieu de regarder ce que vous avez mangé dans la semaine, on notait précisément chaque repas, chaque grignotage, chaque verre d’eau.

Jusqu’ici, ces données détaillées ne pouvaient être transmises à des tiers — fournisseurs d’énergie, entreprises partenaires — qu’avec votre accord explicite. Vous deviez dire « oui » avant que quiconque y ait accès. Le décret de février 2026 modifie cette logique : l’accès à vos données de consommation fine peut désormais se faire sans consentement préalable, dans certains cas définis par les pouvoirs publics.

Pourquoi est-ce important ? Parce que ces courbes de charge sont bien plus parlantes qu’elles n’y paraissent. Des chercheurs ont démontré qu’il est possible, à partir de ces seules données, de déduire le type d’appareils que vous possédez, vos horaires de présence à domicile, voire certaines habitudes de santé (utilisation régulière d’un appareil médical, par exemple). C’est ce qu’on appelle l’inférence de données : en croisant des informations en apparence anodines, on reconstitue un portrait bien précis.

Ce changement de statut juridique des données inquiète plusieurs associations de défense des libertés numériques, qui soulignent que le passage d’un système « opt-in » (vous choisissez d’accepter) à un système plus permissif représente un recul concret pour la vie privée des consommateurs.


Zone technique — pour les curieux et les passionnés

🤓 Pour aller plus loin : NILM, le Shazam de vos appareils électroménagers

Dans le milieu de la recherche en traitement du signal, on appelle ça le NILM — Non-Intrusive Load Monitoring. Le principe : à partir d’une seule courbe de consommation agrégée, des algorithmes identifient la « signature électrique » de chaque appareil. Votre frigo, votre machine à laver, votre télé 4K — chacun a une empreinte caractéristique, comme un personnage de jeu de rôle avec ses propres stats.

Les premiers travaux sérieux sur le sujet remontent aux années 80, avec les recherches du MIT de George Hart. Quarante ans plus tard, les modèles de machine learning ont rendu la technique redoutablement efficace. Certains papiers académiques affichent des taux de reconnaissance supérieurs à 90 % sur des données demi-horaires — exactement le format que Linky peut collecter.

Du côté légal, la tension est réelle entre le RGPD (qui classe les données de consommation fine comme données personnelles sensibles) et ce nouveau décret qui assouplit les conditions d’accès. La CNIL avait d’ailleurs émis des réserves dès les premières versions du texte. On est clairement dans une zone grise juridique, entre intérêt général invoqué par l’État et droits fondamentaux des individus.

Et pour les amateurs de dystopie tech : oui, le scénario ressemble furieusement à un épisode de Black Mirror — celui où l’infrastructure du quotidien se retourne silencieusement contre ses utilisateurs. Sauf qu’ici, c’est du réel, pas du scénarisé.


Ce que vous pouvez faire pour protéger vos données 💡

– Contactez Enedis pour connaître vos droits : vous pouvez demander quelles données sont collectées vous concernant et dans quel cadre elles sont partagées, via le site officiel d’Enedis ou par courrier.

– Refusez explicitement la transmission de vos données détaillées : même si le consentement préalable n’est plus systématiquement requis, vous conservez un droit d’opposition que vous pouvez exercer auprès de votre gestionnaire de réseau.

– Consultez les offres de vos fournisseurs avec attention : certains contrats incluent des clauses d’accès à vos courbes de charge ; lisez les conditions avant de signer.

– Suivez les publications de la CNIL : l’autorité de protection des données peut émettre des recommandations ou des mises en demeure — ses communiqués sont accessibles et rédigés en français compréhensible.

– Parlez-en autour de vous : vos proches sont probablement concernés sans le savoir. Partager l’information, c’est déjà agir collectivement.


Une vigilance qui nous concerne tous

Nos objets du quotidien en savent de plus en plus sur nous, souvent sans que nous en ayons pleinement conscience. La question n’est pas d’être contre la technologie, mais de s’assurer qu’elle reste à notre service — pas l’inverse.

Et vous, saviez-vous que votre compteur Linky collectait ces données aussi finement ? Avez-vous déjà exercé vos droits auprès d’Enedis ?

Source : Les Numériques

Cet article s’appuie sur une source externe (voir lien ci-dessus) et a été retravaillé avec l’aide de l’IA Claude pour sa rédaction.
L’image d’illustration a quant à elle été générée avec l’aide de l’intelligence artificielle (Midjourney ou ComfyUI selon les articles)

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